«Les entreprises canadiennes ont décidé que c’est plus fiable d’acheter localement», affirme Steven Thibeault, PDG de Talthi. (Photo: Talthi)
Le fabricant québécois de contenants de plastique et d’aluminium pour des produits alimentaires Talthi voulait s’étendre aux États-Unis, mais les menaces tarifaires du président Donald Trump ont modifié ses plans… pour le mieux.
«On a décidé de mettre nos ressources pour l’exportation ailleurs, explique en entrevue Steven Thibeault, qui a cofondé la PME en 2008 avec sa femme Chantal. On a grossi nos contrats locaux tant au Québec qu’en Ontario. Nos ventes ont augmenté. C’est positif.»
L’homme d’affaires était au Salon international de l’alimentation du Canada (SIAL Canada) à Toronto la semaine dernière pour tisser des liens d’affaires dans le reste du pays. La PME de Saint-Hyacinthe réalise 80% de son chiffre d’affaires au Québec, mais vise particulièrement l’Ontario. Elle vend des contenants pour des plats de prêt-à-manger et prêt-à-emporter pour des chaînes comme Sobeys, Metro, Avril et Super C.
«Les entreprises canadiennes ont décidé que c’est plus fiable d’acheter localement, remarque-t-il. C’est la continuité du mouvement de la COVID-19. On est compétitif. Si on se donne des volumes, on ne paye pas plus cher et on a plus de service en achetant au pays.»
Talthi possède un client au Michigan représentant environ 4% de son chiffre d’affaires. Les projets visant à augmenter cette proportion ont été mis sur la glace, puisque son partenaire américain trouve qu’il y a trop d’incertitude dans son pays.
Tripler la production
Steven Thibeault souligne qu’il peut facilement obtenir sa matière première, soit de l’aluminium et du plastique, au Canada. Il peut aussi se tourner, au besoin, vers l’Europe au lieu des États-Unis «C’est un peu plus long, mais cela ne fait pas une grande différence pour mes opérations si on planifie bien», dit-il.
Au sujet des capacités des PME à s’ajuster aux changements de cap de la présidence américaine, il croit qu’elles ont les ressources et la flexibilité pour y arriver. «Je pense qu’on se sous-estimait», poursuit-il en parlant de la crise tarifaire.
Afin d’être plus productive, Talthi a investi environ 12 millions de dollars (M$) depuis quatre ans dans la machinerie. La PME d’une cinquantaine d’employés compte injecter au moins 6M$ dans les deux prochaines années, notamment pour ajouter un quart de travail de soir.
«Notre capacité de production se situe entre 150 à 200 millions de contenants annuellement, mentionne le patron. On veut doubler ce montant avec un autre quart de travail et on espère tripler notre production d’ici 2029.»
Le plastique indétrônable
Steven Thibeault estime que l’innovation est une des forces de son entreprise. «On fait nos moules et on dessine nos contenants pour mettre le produit en évidence, soutient-il. Au lieu de copier des contenants qui existent, on s’adapte au besoin du client.»
Même si le plastique a souvent mauvaise presse en raison de son empreinte environnementale, il estime que ce matériau ne disparaitra pas de sitôt dans les emballages pour les aliments, qui doivent répondre à de sévères normes de salubrité.
«Si le contenant en plastique est bien conçu et traité, on peut réduire substantiellement son poids, donc en étant plus mince, on utilise moins le plastique, note l’entrepreneur. Tous nos plastiques sont recyclés et recyclables.»
Il juge que le plastique devrait bientôt complètement supplanter la styromousse pour les barquettes de viandes et de poissons dans les épiceries, car il est plus facilement recyclable. L’aluminium, dont le taux de réutilisation est élevé, gagne aussi en expansion dans les plats destinés aux consommateurs.
Source : Les affaires | Emmanuel Martinez | Publié hier à 14h30